Synonymes : Mandragore, Herbe de Circé, Pomme d'Amour, Main-de-Gloire, Homonculus, Anthropomorphon.Cueillette de la mandragore
Nom scientifique : Mandragora officinarum L

Description

Plante vivace herbacée monoïque monocline (hermaphrodite) des régions méditerranéennes appartenant à la famille des solanacées, voisine de la belladone. Elle est vivace par un gros rhizome bifide qui rappelle la silhouette d'un homme avec ses bras, ses jambes et son sexe, d'où les noms d'homonculus et d'anthropomorphon donnés parfois à la plante.

Cette racine, brune à l'extérieur, blanche à l'intérieur, est du type pivotant, souvent lignifiée et peut atteindre après plusieurs années des dimensions impressionnantes (jusqu'à 60 à 80 centimètres et plusieurs kilogrammes). La partie aérienne est une tige très courte avec une rosette de feuilles ovales (elle ressemble à une laitue). Les fleurs sont solitaires, avec un pédoncule court, de couleur blanc-verdâtre ou violet pâle. Elles disposent de 5 gamopétales (pétales unis entre eux) et sont tetracycliques (présentant quatre verticilles de pièces florales : calice, corolle, androcée et gynécée). Ces fleurs sont superovariées (l'ovaire est supère, c'est à dire placée au-dessus de l'insertion des pétales et sépales) et monoclines (c'est-à-dire munie à la fois d'un androcée et d'un gynécée, par opposition aux fleurs unisexuées)

Le fruit est une baie jaune orangé de quelques centimètres.

On parlait autrefois de racines « mâles » et « femelles » mais cela n'a aucun sens sur le plan botanique, les pieds étant tous monoïques et produisant tous des fruits.

La mandragore a une composition en principes actifs comparable à celle des solanacées officinales (Belladone, Datura, Jusquiame) : elle renferme environ 0,4 % d'alcaloïdes totaux, dont les principaux sont la scopolamine (premier serum de vérité), l'hyosciamine et l'atropine. En théorie, ces molécules peuvent être à l'origine d'une intoxication mortelle.

Utilisation

De multiples vertus thérapeutiques lui sont attribuées. Par sa composition chimique, elle est notamment sédative, antispasmodique, anti-inflammatoire, hypnotique et hallucinogène. 

Les effets hallucinogènes remarquables de la plante, ainsi que la capacité qu'ont ses principes actifs de pouvoir aisément traverser la peau et de passer dans la circulation sanguine, explique certainement pourquoi les sorcières du Moyen Âge, qui s'enduisaient les muqueuses et les aisselles à l'aide d'un onguent à base de mandragore, entraient en transe et pensaient s'envoler sur leur balai et voir des créatures diaboliques le jour du sabbat. À noter que la plante était également utilisée par les guérisseuses, notamment pour faciliter les accouchements, mais aussi contre les morsures de vipère.

Diverses présentations sont décrites pour l'utilisation de cette plante. Le suc est extrait de la tige, des feuilles ou du fruit ; la racine est débitée en rondelles et présentée sous forme d'alcoolat dans du vin de miel ; les fruits peuvent être consommés séchés.

Histoire et légendes

La forme caractéristique de sa racine qui rappelle celle d'un homme lui a valu une réputation d'herbe magique et fait l'objet, essentiellement au Moyen Âge (de l'Antiquité jusqu'à la Renaissance), d'un culte macabre, d'ailleurs interdit par l'Église. On la nomme alors demi-homme ou homme-planté et on prétend qu'elle pousse un cri d'agonie quand on la déterre pour la cueillir. Les précautions lors de la cueillette sont classiquement énoncées dans les écrits de Paracelse (1493-1541) dont il existe diverses variantes décrites, mais figurent dans des manuscrits plus anciens, tels que ceux de Josèphe (37 à 90) ou Théophraste. Pour se procurer la racine de mandragore si dangereuse, il fallait des rituels magiques. Celui qui arrache la mandragore sans précaution, s'il ne devient pas fou en entendant les hurlements de la plante, sera poursuivi par sa malédiction...


Illustrations de la cueillette de la mandragore à travers les ages

Selon les divers écrits décrivant les rituels, on sait qu'ils se déroulaient les nuits de pleine lune. Les mandragores qui poussaient au pied des gibets étaient très prisées car on les disait fécondées par le sperme des pendus, leur apportant vitalité, mais celles des places de supplice ou de crémation faisaient aussi parfaitement l'affaire. Des « prêtres » traçaient avec un poignard rituel trois cercles autour de la mandragore et creusaient ensuite pour dégager la racine, le cérémonial étant accompagné de prières et litanies. Une jeune fille était placée à côté de la plante pour lui tenir compagnie. On passait également une corde autour de la racine et on attachait l'autre extrémité au cou d'un chien noir affamé que l'on excitait au son du cor. Les prêtres appelaient alors au loin le chien pour qu'en tirant sur la corde il arrache la plante. La plante émettait lors de l'arrachage un cri d'agonie insoutenable, tuant l'animal et l'homme non éloigné aux oreilles non bouchées de cire. La racine devenait magique après lavage, macération et maturation en linceul ; elle représentait l'ébauche de l'homme, « petit homme planté » ou homonculus. Ainsi choyée, elle restait éternellement fidèle à son maître et procurait à son possesseur, prospérité prodigieuse, abondance de biens, et fécondité. Elle était vendue très chère en raison du risque à la cueillette, et ce d'autant plus que la forme était humaine, de préférence sexuée par la présence de touffes judicieusement disposées.

La mandragore est connue depuis fort longtemps, originaire de Syrie on la retrouve dans les pays du bassin méditerranéen, mais aussi en Egypte.
Elle est connue des Anciens et elle est signalée dans de nombreux écrits, les Hébreux et les Chaldéens l'utilisaient à des fins criminelles. On prétend que Hannibal pendant la guerre avec les Africains fit semblant d'abandonner son campement en laissant sur place des amphores pleines de vin où macéraient des racines de mandragore. Hannibal revint ensuite pour achever les soldats ennemis intoxiqués par le vin à la mandragore dans l'incapacité de se défendre.
Ses propriétés hallucinogènes et narcotiques furent largement utilisées en médecine antique et en sorcellerie, soit comme anesthésiant pour pratiquer des interventions, soit comme ingrédient pour la confection de philtres magiques.



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